On me pose souvent la question après un atelier phytothérapie : « si c’est une plante, c’est naturel, donc sans danger ? » J’aimerais pouvoir répondre oui, ça simplifierait tellement les choses. Mais non. C’est justement parce qu’une plante agit réellement sur l’organisme qu’elle peut aussi interagir avec un médicament que vous prenez déjà. J’ai vu des proches associer millepertuis et pilule contraceptive sans en avoir la moindre idée, avec des conséquences qu’ils n’avaient absolument pas anticipées. Voici ce qu’il faut vraiment garder en tête, sans dramatiser mais sans minimiser non plus.
Le millepertuis, la plante qui inquiète le plus les pharmaciens
Le millepertuis (Hypericum perforatum) est sans doute la plante médicinale la plus documentée pour ses interactions médicamenteuses. Il accélère l’élimination de nombreux médicaments par le foie, ce qui peut réduire nettement leur efficacité, parfois de façon silencieuse. Le Thésaurus des interactions médicamenteuses de l’ANSM recense ainsi le millepertuis parmi les substances à ne jamais associer sans avis médical à de nombreux traitements.
Voici les cas les plus fréquents que l’on rencontre :
- Contraceptifs oraux : le millepertuis peut diminuer l’efficacité de la pilule, avec un risque de grossesse non désirée qui passe totalement inaperçu si personne n’a prévenu la personne concernée.
- Anticoagulants (comme la warfarine) : son association peut réduire l’effet du traitement et déséquilibrer la fluidité sanguine, un point à surveiller de très près chez les personnes sous anticoagulant au long cours.
- Certains traitements du VIH ou anti-rejet après une greffe : là encore, la baisse de concentration du médicament dans le sang peut compromettre son efficacité, avec des conséquences potentiellement graves.
- Certains antidépresseurs : l’association est déconseillée en raison d’un risque d’excès de sérotonine, qui doit impérativement être évalué par un médecin.
Si vous suivez un traitement, quel qu’il soit, la règle que je donne systématiquement est simple : ne commencez jamais une cure de millepertuis sans en parler d’abord à votre médecin ou votre pharmacien.
Le pamplemousse, l’interaction la plus sous-estimée
Ce n’est pas à proprement parler une plante médicinale, mais l’exemple mérite d’être cité tant il revient souvent en officine, et il illustre bien le principe général. Le jus ou la chair de pamplemousse peut modifier l’absorption de plusieurs familles de médicaments courants, notamment certains traitements du cholestérol ou de la tension, en augmentant leur concentration dans le sang au-delà de ce qui est prévu. Une seule prise peut suffire à perturber un traitement pendant plusieurs jours, parce que l’effet ne se dissipe pas aussi vite qu’on l’imagine. C’est un réflexe simple à adopter : si vous démarrez un nouveau traitement, demandez directement à votre pharmacien si le pamplemousse fait partie des aliments à éviter le temps de la cure.
Le ginkgo biloba, à surveiller en cas de traitement anticoagulant
Le ginkgo biloba est très utilisé pour soutenir la mémoire et la circulation, notamment chez les personnes plus âgées. Par prudence, son association avec des traitements anticoagulants ou antiagrégants plaquettaires, souvent prescrits après un accident cardiovasculaire, doit toujours être validée au préalable par un professionnel de santé, en raison d’un risque évoqué de majoration du saignement. Ce n’est pas une certitude scientifique gravée dans le marbre, mais c’est une précaution que je trouve raisonnable de prendre au sérieux.
Pourquoi ces interactions passent souvent inaperçues
La difficulté, c’est que les plantes et les compléments alimentaires qui en contiennent ne sont pas soumis aux mêmes obligations d’information que les médicaments : pas de notice détaillant systématiquement les interactions, pas toujours d’alerte visible sur l’emballage. L’Anses le rappelle régulièrement dans son dossier consacré aux compléments alimentaires : ces produits peuvent entraîner des effets indésirables selon les doses, la durée de consommation et les traitements pris en parallèle. Beaucoup de personnes ne pensent tout simplement pas à mentionner une tisane ou une gélule de plantes lors d’une consultation, alors que c’est une information tout aussi importante qu’un médicament sur ordonnance.
Ce que je recommande, très concrètement
- Parlez de toutes les plantes, tisanes et compléments que vous prenez à votre médecin ou votre pharmacien, même si cela vous semble anodin.
- Ne présumez jamais qu’une plante est sans risque parce qu’elle est en vente libre.
- N’arrêtez jamais un traitement de vous-même pour « faire de la place » à une cure de plantes.
- En cas de doute, demandez conseil à un professionnel de santé avant toute association entre une plante et un médicament, surtout si vous suivez un traitement chronique.
Ce n’est pas une raison pour renoncer aux plantes, loin de là : c’est une raison de plus pour les utiliser avec la même vigilance qu’un médicament, et pour en parler ouvertement à celles et ceux qui vous suivent médicalement. Nous republions régulièrement ce type de repères dans notre rubrique bien-être & santé, parce que l’information fiable reste, à mes yeux, la meilleure des préventions.







